mercredi 8 octobre 2008

Moi et mon homologue friqué

« L'argent ne fait pas le bonheur. » Je suis à peu près sûr que le pauvre bougre qui a, un jour, osé penser cette prose ne se souciait absolument pas de la place que prendrait plus tard l'argent dans notre société. Et voilà-t-y pas qu'on nous la ressasse cette tirade, et vas-y que j'te la sors à droite et à gauche, en haut et en bas. C'est simple, c'est devenu quasi-obsessionnel de sortir au moins une fois ce misérablement enchaînement de quelque mots, qui au final ne veulent pas dire grand chose si on analyse bien, dès lors que l'on parle d'argent par sommes extravagantes. Qu'on le pende haut et court !

Ah si j'étais riche, si seulement mon oncle s'appelait Picsou, si seulement mes billets de loto® pouvaient enfin daigner s'enticher d'une certaine importance capitale à mes yeux, si seulement je pouvais avoir l'idée du siècle dans les trois prochains jours, si seulement papa était ingénieur chez Google, si seulement...

Si j'étais riche, je... non, attendez, ça n'va pas.

Je suis riche. Bonjour, je m'appelle Vincent et je suis riche, je suis tellement riche que je ne sais plus quoi faire de tout ce pognon. J'en dépense, et ça revient, ça revient tout seul sans que je ne demande quoique ce soit à quiconque. Putes de luxe, champagne à 400€ la bouteille, cocaïne, Porsch ; allez comprendre pourquoi, quand on est riche ça ne s'arrête jamais, tout comme quand on est pauvre en fait (oui, cette blague est une tirade savamment extirpée de « Ah! Si j'étais riche », mais d'une justesse terrible et de circonstance, donc vous ne m'en tiendrez pas rigueur, de toute façon je suis riche donc je m'en fous) ; on donne aux œuvres caritatives, mais on ne paye plus qu'un pourcentage de l'ISF, on achète tout ce qu'on peut, et ça fructifie, on bloque son argent, voilà qu'il nous fait des petiots. Dépenser n'a jamais autant rapporté.

Me plaindre ? Oui peut être. Quoique non en fait, si je me souviens bien, quand j'étais pauvre, je ne rêvais que d'être riche, alors je ne vais pas regretter, ce serait absurde.

Je suis riche, donc je suis un connard, un enfoiré, une raclure. Les gens me détestent parce qu'ils voudraient mon pognon et qu'il leur faut une décennie pour acquérir ce que je gagne en un mois avec les intérêts de mon compte à Lausanne ou chez Rothschild. Au fond, ce sont eux les égoïstes car ce sont eux qui me jugent sur un mode de vie qu'ils n'osent à peine approcher même dans leurs rêves les plus extravagants, ce sont eux les frustrés. Vous trouvez ça cliché ? Mais c'est cliché ! Et que pourrais-je avoir à faire de passer pour un ingrat et luxueux jeune branleur tant que mes liasses de billets de 500 dépassent de mes poches et que je suscite l'intérêt des endroits les plus huppés de Paris ?

Hier je suis rentré au milieu de la nuit, franchement saoul et franchement bien accompagné. En croisant un clochard, je lui jette un billet de 100€, le pauvre fou me lance un regard dédaigneux, presque hautain avant de délicatement ramasser le billet pour le mettre dans sa poche. Où est la morale me demanderez-vous, mais très honnêtement, je crois que la réponse n'existe pas. Qu'on passe quelques nuits, seul, dans la rue ou le métro avant de dire que l'argent de fait pas le bonheur. Qu'on ose affronter les maux de ce siècle avant de scander de telles idioties, les brandir comme fer de lance d'un combat perdu d'avance contre cette nouvelle drogue qu'est l'argent.

Non je ne suis pas vraiment riche, je ne suis pas vraiment pauvre non plus, je fais partie de cette population latente qui ne peut qu'espérer atteindre un jour l'épanouissement le plus total au sein de son travail pour pouvoir effleurer du bout des doigts une vie à peu près convenable et décente. Et en tous cas, si l'argent ne fait pas le bonheur, il y contribue énormément.

Voilà, et si j'avais été friqué, j'aurais pu soudoyer le staff de Ladie's Room pour être publié en Une cette fois-ci.

mercredi 17 septembre 2008

Moi et mon homologue féminin

Ah ! Si j’étais une femme, je serai capitaine. Oh ! Pardon, je vous prie de m’excuser, j’ai eu un relent de Diane Tell.

Si j’étais une femme, je serai heureuse, tout le temps heureuse, souriante et donc attirante. Bon si j’étais un femme, bien sûr je serai belle, décidée, pas trop engagée et cultivée, très cultivée même. Je serai heureuse parce qu’une femme peut s’habiller comme elle le veut, une femme n’est pas limitée à des restrictions vestimentaires rigides et uniformisées ne laissant que trop peu de place à l’imagination. Si j’étais une femme donc, je m’habillerai selon mon humeur et j’aurais du goût. Du très bon goût, je serai créative et originale, ce serai moi la personne que, dans les milieux hypes, tout le monde s’arracherait.

Si j’étais une femme, je voudrais que mon mec soit comme moi, qu’il soit comme une sorte de double en un peu moins bien (c’est moi la star oh !). Un artiste, il serait un artiste et moi je serai celle qui l’habille, et on s’aimerait et on serait enviés par ces couples minables qui se déchirent. On serait un peu comme des « Alison Mosshart et Jamie Hince », ou bien comme des « Jane Birkin et Serge Gainsbourg », « Pam et Jim » ou encore « Alfred de Musset et George Sand », mystiques et mystérieux, nous serions aussi rayonnants qu’heureux. Il ferait de la musique, il commencerait à être connu et convoité, mais je resterai sa muse et il m’écrirait des chansons.

Si j’étais une femme, je ne serai pas une salope. Enfin si, j’en serai une, mais je ne ferais ma catin qu’avec mon homme ; je ne m’afficherai pas en tant que telle, car si j’étais une femme, je ne voudrais pas me faire reluquer par tous ces ignobles crapauds qui se masturbent sur des Carmen Electra et autres stéréotypes du porno lucratif. Je serais une déesse de l’amour, je voudrais faire toutes les positions sexuelles permises, en imaginer de nouvelles, dans l’intimité de ma coquette chambre avec mon amant, à nous adonner aux plaisirs épouvantables de la chaire sous le regarde complice de Marilyn, réservant de complètes journées dédiées à la copulation sous l’égide d’Éros.

Enfin, si j’étais une femme, je rêverai bien évidemment d’être un homme, je fantasmerai sur mon éventuelle masculinité, peut-être écrirai-je sur un blog de femme, comment je me verrai en tant qu’homme.

Pour tout vous dire, si j’étais une femme, je voudrais être la femme parfaite d’un homme parfait.

UCC (texte rédigé pour la journée « Et si vous étiez une fille ? » sur Ladie's Room).